Santé : La teigne chez le chat - nouveautés thérapeutiques

par Elise Malandain - Docteur vétérinaire Unité de médecine de l'élevage et du sport - Ecole Nationale Vétérinaire de Maison Alfort -

La teigne est certainement l'affection dermatologique la plus fréquente en chatterie. Le nombre de chats élevés en contact permanent et la présence d'individus particulièrement réceptifs (chatons, femelles gestantes) sont à l'origine d'une atteinte *endémique* c'est à dire quasi permanente et en tous cas difficile à traiter. 
L'une des difficultés est liée à une forme de teigne, particulièrement insidieuse ;  certains chats peuvent être infectés par la teigne et contaminer leurs congénères  sans toutefois présenter de lésions visibles, ni à l'oeil nu, ni à la lampe de Wood. 

On appelle ces chats des *infectés asymptomatiques*. Ils ne sont détectables que par la mise en culture des spores, éléments microscopiques de dissémination présents sur le pelage. Ceci explique pourquoi, en cas de teigne dans un élevage, on conseille de traiter tous les animaux présents dans l'élevage  et non pas seulement ceux qui sont porteurs de lésions.

Une autre contrainte est liée à la lourdeur du traitement puisqu'il est conseillé d'associer un traitement local (lotion à base d'antifongique, n'ayant pas d'AMM c'est à dire non légalement autorisé chez le chat) à un traitement dit *systémique* c'est à dire une désinfection par voie orale.
Or, les traitements systémiques classiquement proposés chez le chat sont au nombre de deux :
la griséofulvine et le kétoconazole, ce dernier n'ayant pas non plus d'AMM dans l'espèce féline. Ces deux produits ne sont d'ailleurs pas dénués d'effets secondaires (tératogénicité, absence de chaleurs, atteinte hépatique se traduisant par des vomissements... )
Une étude a récemment été conduite en Israël, mettant en évidence l'efficacité du
lufénuron (Program°, voie orale) contre la teigne. Ces chercheurs ont ainsi montré que l'administration de lufénuron (à une dose deux fois supérieure à celle préconisée contre les puces) conduisait à une guérison clinique et mycologique dans les 15 jours. Cette étude a été conduite sur 156 chats, en majorité des adultes européens  dont le mode de vie (collectivité ou individuel) n'a pas été précisé.

La facilité d'administration et la très grande tolérance de ce médicament (femelles gestantes ou allaitantes, chatons dès 15 jours) rendent cette étude très encourageante pour les éleveurs. Elle mettrait à leur disposition un médicament facile à donner, et ce, quel que soit le statut de l'animal (gestation, lactation...). II convient néanmoins d'être prudent pour extrapoler ces résultats à une collectivité (100% de guérison en 12 jours, sans traitement local, et seulement 3 rechutes, ayant rétrocédé à un nouveau traitement).

Obervations personnelles : En ce qui me concerne, je ne ferais pas ce traitement sur des chatons de moins de 3 mois - Cependant, si vous téléphonez à Maisons-Alfort, vous demandez  le Service de parasitologie  ;  il vaut mieux  vous faire confirmer. Anne

En collaboration avec le Service de parasitologie de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Maison Alfort, l'Unité de Médecine de l'Elevage et du Sport a conduit une étude sur l'emploi du lufénuron en élevage félin. Plus de 100 chats adultes (dont la moitié de chats Persans) ont été traités. Dans chaque élevage, deux lots ont été constitués.
L'un a été traité avec de la
griséofulvine (en deux prises quotidienne pendant 5 semaines) et de l'enilconazole (dilué à 0.2%, en bain), l'autre a été traité avec du lufénuron (60mg/kg, deux fois à un mois d'intervalle) et de l'enilconazole (dilué à 0.2%, en bain).

 Dans les deux groupes, 4 bains ont été réalisés sur tous les animaux  à une semaine d'intervalle. L'efficacité des deux traitements, en terme de guérison clinique et mycologique a été identique. Cette étude est donc particulièrement encourageante, puisqu'elle permet de proposer une alternative à la griséofulvine, fastidieuse à utiliser et interdite chez les femelles gestantes. D'ores et déjà nous travaillons sur un autre protocole, sans traitement local cette fois, et destiné aux femelles gestantes et aux chatons.

Pour de futurs renseignements, il faut vous adresser à Maisons Alfort, Docteur Elise Malandain.

Je précise qu'heureusement la chatterie MA GRIFF's  n'a jamais eu ce problème - mais elle aurait pu l'avoir sachant que de nombreux éleveurs ramènent cela d'expositions - Donc en rentrant d'expositions, lavez vos chats avec les shampoings ci-dessus et traitez-les préventivement.

J'ai toutefois remarqué, chez certains amis, que l'utilisation à long terme de griséofulvine rendait provisoirement les femelles stériles - Cette remarque n'engage que moi. ANNE

Retour Index